D’après mes calculs savants, Ousmane ne gagne guère plus de 20 euros par moi, mettons : 15000 CFA.

Hier matin, après mon rendez-vous chez Zakaria, je passe à nouveau dans le quartier Dapoya, dans la rue qui mène au rond-point des Nations Unies. Là , je me fais littéralement sauter dessus par des vendeurs de cartes postales. Six à huit gars qui veulent tous me vendre les mêmes cartes. Je commence par dire « non » mais, en même temps, la famille, les grands-mères… j’en connais qui seraient mécontent de ne rien recevoir. Y’a même Fred qui réclame. C’est dire. Je prends 5 min., j’en prends deux à chacun pour un total de dix – bravo ! vous avez compté que tout le monde n’a pas vendu… – et j’essaie de filer, c’est sans compter sur un vendeur de bracelet qui était là depuis le début. Il insiste pour me fourguer sa marchandise que je ne trouve même pas très belle, tant et si bien qu’il finit vraiment par m’énerver puisque, malgré mon refus clair et net, il me poursuit jusqu’au cyber : « écoute, tu m’ennuies, là : ça ne m’intéresse PAS. » Il faut que je rentre dans le centre pour qu’il me lâche enfin, je crois qu’il l’a mal pris. Et moi, je suis énervé. Je n’aime pas ça et vous le savez : j’ai mauvais caractère.
Petite vérification des mails, je sors, on me propose des vélos en fil de fer. C’est bien joli mais ça va pas être possible. Ouf ! Lui, il est moins tenace. J’ai faim, je continue la rue dans la direction de « ma » cour et je m’arrête à un maquis. Là , même pas arrivé : « salut, mon pote, machin, etc. », autant dire : la phrase classique du mec qui va tenter de me fourguer un truc. Et là : « non ! désolé, j’achète rien, merci ! » Je suis un peu agressif, le mec commence à me faire la morale et moi, je suis partagé entre une certaine gêne de m’être énervé et un profond agacement vis-à -vis d’un gars dont je sais pertinemment qu’il allait me fourguer un truc. Bref, je me casse.
Et là , je retrouve mon vendeur de vélo ! Je lui dit : « ah non ! » mais là , il commence son laïus, comme quoi il ne cherche pas à vendre, juste à me connaître… J’ai du mal à saisir mais bon, peu importe, il a le mérite de ne pas être agressif et la conversation s’engage. Tant et si bien qu’il me raconte comment ça se passe pour lui.
Ousmane, c’est son nom, au début il a 22 ans. Et puis il me parle de sa date de naissance, le 4 février… En 1979. Alors il se dit qu’il a plutôt 25 ans, même si je finis par me rendre compte qu’il a plutôt 27 ans. Je lui demande combien il arrive à vendre ses vélos, pas trop moches, il me répond que ça va dans les 3000 cfa, et sa plus grosse vente, c’est un lot de deux pour 5000 cfa, avec un Américain. Oui, il ne sait guère compter mais comme on continue de parler, je paie 1000 balles de mouton grillé dont j’ai du mal à reconnaître les parties, puis un riz sauce à 300, je partage le tout avec lui, puisqu’il me répète à l’envi qu’il a besoin de manger. Au final, des vélos, il n’en vend pas tous les jours : trop de vendeur. Et des méthodes pas très efficaces, me gardé-je de lui dire. Mais je comprends qu’il en vend cinq six par moi, des vélos, et c’est pas bézéf. Je finis par lui en acheter un à 2000, sûrement le plus cher que j’aie payé. Mais il mets deux heures à en fabriquer un, alors je crois que je suis encore loin de la « vraie » valeur de son travail. Ça vaut ce que ça vaut : je lui conseille à tout hasard de rajouter deux trois petits détails sur ses vélos pour faire la différence avec les autres vendeurs. Genre des pneus avec un bout de caoutchouc, etc… Photo, on se dit au revoir, je lui laisse mon mail puisqu’il va s’en créer un et je file prendre le thé dans la cour.